Article du JIR du 8 février 2008
Profondément déçu par l’attitude de son mentor Le sénateur maire UMP de Saint André, Serge Camatchy, l’actuel 1er adjoint à la mairie de Saint André parle aujourd’hui de “trahison” et “d’hypocrisie”. Il compte bien “ressusciter” aux régionales de 2010 et aux cantonales de 2011.
Un signe qui ne trompe pas : Serge Camatchy n’a pas assisté, hier après-midi, au conseil municipal de Saint-André. D’habitude il ne décolle pas du sénateur maire, toujours assis à sa gauche, et prêt à voler à son secours sur les grands dossiers en cours dans la commune.Car en l’absence du maire de Saint-André, souvent retenu à Paris en raison de ses mandats parlementaires (il a été député de 1986 à 1997, et est sénateur depuis 2001) c’est son 1er adjoint qui prenait le relais, aux côtés des services administratifs. Mais hier sa chaise est restée vide au conseil municipal. Sa chaise uniquement, mais pas sa place sur la liste des municipales. Ceci explique donc cela. En clair, Serge Camatchy a décidé de prendre ses distances avec les Virapoullé (père et fils) en particulier et avec la politique municipale en général. Non pas de gaieté de cœur, mais par déception.
Il a le sentiment d’avoir été “trahi”. Et il le dit sans ciller. En faisant une rétrospection. “J’ai été victime de mon succès, de mon travail et de ma fidélité”, dit-il. “Trahison”, le mot est lâché ! “En 2004, ce n’est pas par hasard que j’ai perdu les élections cantonales. À la veille du second tour, le maire décide d’augmenter les impôts locaux de plusieurs points…”
La suite on la connaît. “On a laissé entendre du côté de la mairie que les gens ne voulaient plus de moi. Or, en 2004, Maryse Mussard, Jacquet Hoarau au Tampon, Vital Payet à Saint-Benoît… ont aussi perdu le scrutin à cause de la politique de Raffarin”.
Serge Camatchy est persuadé que son éviction de la mairie de Saint-André est préparée depuis longtemps déjà. La “manœuvre” était en route. “En octobre 2007, Virapoullé me demande de réfléchir pour Sainte-Suzanne. Il y a un coup à jouer, me dit-il. Je commence alors à activer mes réseaux. Je prends contact avec Sylvain Mounigan, Joseph Clain, avec le monde associatif. Alain Sinaretty me donne un coup de main. Mais, en novembre, après le Dipavali, Virapoullé m’a dit : tu envoies chier Sainte-Suzanne.
Reste à Saint-André, on gagne les municipales, tu passes ensuite la main à Jean-Marie et après on commence à préparer les régionales de 2010 et les cantonales de 2011”, raconte Camatchy. Au fil des semaines, le 1er adjoint déclare qu’il a commencé à être poussé vers la porte. “En janvier, Virapoullé-père a réuni son staff pour l’organisation de la campagne électorale. C’est à ce moment qu’il a confié à Jean-Marie la responsabilité de cette organisation, à laquelle je n’ai jamais été associé. Je me suis aussi rendu compte qu’ils avaient commencé à courtiser des militants très proches de moi, sans même m’en parler”, précise encore Serge Camatchy.
“Jeudi 31 janvier, Jean-Paul Virapoullé m’a invité à déjeuner au restaurant le Beau Rivage à Champ-Borne. Jean-Marie était présent. C’est là qu’il m’a fait comprendre que je devais laisser la place à son fils, qui est déjà 4e adjoint dans l’équipe actuelle, président de la Cirest et conseiller général du 3e canton”. Serge Camatchy manifeste d’emblée son opposition face à une telle proposition. La sienne lui semble plus logique : “En cas d’élection en mars prochain, je reste 1er adjoint à Jean-Marie tout en gardant quelques délégations municipales”. Selon Camatchy, Jean-Paul Virapoullé a refusé net ce schéma. “Je lui ai alors demandé le poste de 2e adjoint. Jean-Marie est monté au créneau en disant : ce n’est pas prévu comme ça. Il est question d’un duo, pas d’un trio ! Le repas s’achève sur un goût amer. Virapoullé demande à Camatchy de bien réfléchir. Au cours de l’après-midi du jeudi 31 janvier, Camatchy se fend d’une lettre destinée au sénateur maire, qui la reçoit le lendemain matin. Rendez-vous est pris entre les deux hommes pour le samedi 2 février à 18 h 30 au domicile de Virapoullé. Un rendez-vous qui n’aura jamais lieu. Les deux hommes s’appellent le samedi, aux environs de 16 heures. “Jean-Paul Virapoullé m’a fait comprendre que c’était ça ou rien. C’est-à-dire, laisser la place de 1er adjoint à son fils…” La “cassure” réelle date donc de samedi dernier. Serge Camatchy n’apprécie pas d’avoir été “jeté” comme un kleenex. “J’ai reçu une gifle sur la joue droite en 2004, je ne vais pas tendre la joue gauche en 2008”, souligne l’actuel 1er adjoint. “Il ne faudra pas compter sur moi pour cautionner la dynastie des Vergès et des Virapoullé. Je suis arrivé à la mairie les mains vides et la tête propre. Je repars pareil, en gardant toute ma dignité. Je ne regrette pas ce que j’ai fait pour les administrés, ni pour Jean-Paul Virapoullé. Il m’est même arrivé de faire barrage de mon corps pour le protéger notamment aux municipales de 1983, puis de 1984 et aux cantonales de 1985. Je constate tout simplement qu’il n’a pas été reconnaissant.” Serge Camatchy ne s’investira pas dans les municipales à Saint-André.
